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Sud-Liban : Berry rejette les « zones pilotes »

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À l’occasion de la Fête de l’armée, le président du Parlement libanais, Nabih Berry, a rendu hommage aux forces armées tout en rejetant le principe des « zones pilotes » négociées entre le Liban et Israël sous médiation américaine. Il estime que l’armée libanaise ne doit pas être « mise à l’épreuve » dans un dispositif où Israël continue, selon lui, de mener des opérations militaires et de retarder son retrait. Cette prise de position intervient alors que les premières expérimentations du mécanisme révèlent les difficultés d’application de l’accord-cadre conclu fin juin.

Le président de la Chambre des députés, Nabih Berry, a choisi la Fête de l’armée pour adresser un double message. Le premier est destiné aux militaires libanais, salués comme le symbole de l’unité nationale et de la souveraineté de l’État. Le second vise le dispositif des « zones pilotes » mis en place dans le cadre des négociations entre le Liban et Israël. Berry estime que l’armée ne doit pas être utilisée comme un instrument de vérification ou de pression alors qu’Israël poursuit, selon lui, ses opérations militaires dans le Sud-Liban.

Cette déclaration dépasse largement le cadre commémoratif. Elle intervient alors que les premières zones pilotes, négociées sous médiation américaine, sont censées préparer un retrait progressif des forces israéliennes, le déploiement de l’armée libanaise et la mise en œuvre des engagements sécuritaires prévus par l’accord-cadre du 26 juin 2026.

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Depuis plusieurs semaines, ce mécanisme fait l’objet de débats au Liban. Ses partisans y voient une méthode pragmatique permettant d’éviter une nouvelle guerre. Ses détracteurs dénoncent au contraire un processus qui impose à Beyrouth des obligations immédiates alors que le retrait israélien reste incomplet et que les garanties internationales demeurent limitées.

Les propos de Nabih Berry renforcent cette seconde lecture. Ils traduisent les réserves d’une partie importante de la classe politique libanaise à l’égard d’un système qui pourrait, selon elle, transformer l’armée en garante d’un accord dont toutes les conditions ne sont pas encore réunies.

Berry défend l’armée, mais critique le mécanisme des zones pilotes

Dans son message, le président du Parlement a présenté l’armée comme « le modèle de l’unité, de l’identité, de l’appartenance, du sacrifice et de la fidélité ». Il a rappelé que cette institution demeure, selon lui, le principal garant de la souveraineté nationale, de la stabilité intérieure et de la préservation de la paix civile.

Cette partie du discours s’inscrit dans une tradition politique libanaise. Malgré les divisions confessionnelles et partisanes, l’armée reste l’une des rares institutions bénéficiant d’une légitimité relativement large auprès de la population et des différentes forces politiques.

Berry a cependant rapidement élargi son propos en s’attaquant au dispositif actuellement expérimenté dans le Sud-Liban.

Selon lui, Israël « dessine les zones pilotes par le feu, les destructions et les morts ». Cette formule traduit le principal reproche adressé au mécanisme : les discussions se poursuivent alors que les opérations militaires israéliennes et les destructions se poursuivent dans plusieurs secteurs.

Pour le président du Parlement, ces conditions rendent inacceptable toute logique consistant à tester les capacités de l’armée libanaise avant un retrait israélien complet.

Cette critique ne vise pas directement les forces armées. Elle s’adresse au cadre politique dans lequel celles-ci sont appelées à intervenir.

Que sont les « zones pilotes » ?

Le mécanisme des zones pilotes constitue le cœur de l’accord-cadre négocié sous médiation américaine après les affrontements entre Israël et le Hezbollah.

Plutôt que d’organiser un retrait simultané sur l’ensemble de la frontière, les négociateurs ont choisi une approche progressive.

Israël évacue un secteur limité.

L’armée libanaise s’y déploie.

Les autorités libanaises prennent progressivement le contrôle du terrain.

Les infrastructures militaires non étatiques doivent être démantelées.

Un groupe international vérifie ensuite le respect des engagements avant l’ouverture d’une nouvelle phase.

Cette méthode vise à limiter les risques d’effondrement de l’accord en cas d’incident localisé.

Elle doit également permettre de tester les mécanismes de coordination entre les différentes parties.

Mais cette logique suppose que chacune respecte son calendrier.

Or plusieurs difficultés sont rapidement apparues.

Israël estime que certains secteurs ne présentent pas encore les garanties sécuritaires nécessaires.

Le Liban considère au contraire que les retraits sont trop lents et que certaines positions continuent d’être occupées sans justification.

Les destructions constatées dans plusieurs localités renforcent encore les critiques contre ce dispositif.

Selon plusieurs observateurs internationaux, les premières zones pilotes ont mis en évidence les difficultés de coordination entre les engagements militaires, le retour des habitants et les opérations de déminage. Elles ont aussi montré que les divergences d’interprétation entre les parties restent importantes.

Pourquoi Berry refuse que l’armée soit « mise à l’épreuve »

La formule utilisée par Nabih Berry possède une portée politique importante.

Elle signifie que l’armée ne doit pas devenir le critère permettant de mesurer le succès ou l’échec de l’accord.

Dans le dispositif actuel, chaque retrait israélien est censé être suivi par un déploiement de l’armée.

Si une zone n’est pas considérée comme suffisamment sécurisée, Israël peut ralentir son retrait.

Cette logique fait peser une forte responsabilité sur les forces armées.

Berry estime que cette approche inverse les priorités.

Selon lui, le retrait israélien constitue une obligation découlant du droit international et de la résolution 1701.

Il ne devrait donc pas dépendre d’une évaluation unilatérale des capacités de l’armée libanaise.

Cette position rejoint celle exprimée ces dernières semaines par plusieurs responsables libanais.

Ils considèrent que les garanties doivent s’appliquer aux deux parties.

Le Liban accepte le déploiement de son armée.

Israël doit, de son côté, respecter un calendrier précis de retrait et cesser les frappes ainsi que les destructions.

Une critique indirecte de la médiation américaine

Sans citer Washington, Nabih Berry remet également en cause la méthode privilégiée par les États-Unis.

La diplomatie américaine soutient une mise en œuvre progressive.

Chaque étape doit être validée avant le passage à la suivante.

Cette approche est inspirée d’autres accords de sécurité conclus dans des contextes de forte méfiance entre les parties.

Elle permet d’éviter qu’un échec global ne fasse disparaître l’ensemble du processus.

Mais elle donne aussi aux parties la possibilité de ralentir ou de suspendre les étapes suivantes.

Le Liban craint qu’Israël puisse utiliser cette flexibilité pour maintenir une présence militaire plus longue que prévu.

Berry défend au contraire une logique plus directe.

Le retrait israélien devrait être synchronisé avec le déploiement de l’armée et non subordonné à une série de validations successives.

Cette divergence explique une partie des tensions apparues depuis la signature de l’accord-cadre.

L’armée, institution centrale mais confrontée à des moyens limités

Malgré son soutien appuyé aux forces armées, Nabih Berry sait que celles-ci devront relever un défi considérable.

Le déploiement dans le Sud nécessite des effectifs supplémentaires, des équipements modernes, des moyens de surveillance et une logistique importante.

Depuis le début de la crise économique, les capacités financières de l’armée ont été fortement affectées.

Les États-Unis, la France, plusieurs pays européens ainsi que des États arabes apportent un soutien matériel et financier.

Le président Joseph Aoun cherche également à diversifier ces partenariats, notamment avec la Turquie, afin de renforcer les capacités opérationnelles de l’institution.

Mais aucun partenaire étranger ne peut remplacer une stratégie politique claire.

L’armée devra contrôler des zones détruites, sécuriser le retour des habitants, empêcher la reconstitution d’infrastructures militaires et maintenir la paix civile.

Ces missions supposent un consensus politique que le Liban ne possède pas encore pleinement.

Le Hezbollah reste au cœur du débat

La déclaration de Berry ne mentionne pas directement le Hezbollah. Pourtant, l’ensemble du dispositif des zones pilotes est lié à la présence de l’organisation dans le Sud-Liban. L’accord prévoit que l’État exerce progressivement un monopole sur les armes dans les secteurs concernés.

Israël considère cette condition comme indispensable à son retrait. Le Hezbollah refuse, de son côté, tout désarmement sous occupation israélienne. Berry adopte une position intermédiaire. Il soutient l’armée. et réclame le retrait israélien.

Il insiste sur l’application de la résolution 1701.

Mais il évite d’aborder publiquement la question du désarmement du Hezbollah.

Cette prudence reflète son rôle politique.

Chef du mouvement Amal et allié du Hezbollah, il demeure l’un des principaux interlocuteurs des médiateurs étrangers.

Il cherche à préserver les possibilités de négociation sans ouvrir un nouveau front de confrontation intérieure.

Une déclaration qui intervient avant de nouvelles négociations

Les propos de Nabih Berry précèdent un nouveau cycle de discussions consacré à la mise en œuvre de l’accord-cadre.

Les négociations doivent notamment préciser l’extension des zones pilotes, les modalités du retrait israélien et le fonctionnement du mécanisme international de contrôle.

Le président du Parlement tente manifestement d’influencer cette séquence.

Son message fixe plusieurs lignes rouges.

L’armée ne doit pas être transformée en variable d’ajustement.

Le retrait israélien doit rester une obligation.

Les garanties internationales doivent concerner les deux parties.

Et les zones pilotes ne peuvent devenir un prétexte à prolonger la présence militaire israélienne dans le Sud-Liban.

Ces déclarations interviennent alors que plusieurs villages restent largement détruits et que les habitants attendent toujours de pouvoir regagner durablement leurs maisons. Les prochains cycles de négociation devront déterminer si les zones pilotes constituent une étape vers un retrait complet ou si elles risquent de s’installer durablement comme un dispositif transitoire sans échéance clairement définie.

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